longtemps j’ai dit croyant l’affirmer ‘Je n’ai rien à dire parce que vraiment il n’y a rien à dire et je le sais parce qu’on m’a dit toujours depuis le début ‘Tu n’as rien à dire parce qu’il n’y a rien à dire et tout ce que tu pourras dire ne pourra rien changer’’ Ceci cette impuissance performative cette castration autoréalisatrice s’emparant pour l’amputer à peine que proféré de ce qui sort de la bouche comme parole et c’est alors en vain Ceci cette impuissance est plus efficace que toute une bétonnière versée dans la gueule qui s’ouvre d’un locuteur supposé supposé qu’il serait porté vers l’ouverture dès lors jamais assez large et pour ce qui s’y verse et pour ce qui devrait en sortir Mais s’y risque contre toute raison pour tenter de dire quelque chose Là où de toute évidence il n’y a rien que béton déversé à mesure et en proportion de cette tentative Là où de toute évidence il n’y a rien mais rien du tout à dire qui pourrait avoir un quelconque effet le produire Un remous moindre sur une surface quelconque Qu’un quelconque mouvement puisse être observé qui soit autre chose que l’émission du son lui-même c’est-à-dire à savoir autre chose qu’un pet qu’un claquement de mâchoires ou qu’un éternuement Si ce qui est dit peut être dit et étant dit n’a aucune autre portée que l’émission sonore de soi Alors vraiment il est clair et véridique qu’il n’y a rien à dire parce qu’on a rien à dire parce que dire pour nous est absent et ne se trouve pas ni ici ni ailleurs Parce que ce propre de nous Pauvres de nous n’est rien d’autre qu’un pet ou qu’un bâillement dépourvu de tout autre effet que purement locutoire ‘Il n’y a rien à dire je parle pour parler’ et dès lors cet assemblage de sons signifiants structurés par une quelconque syntaxe ne sera qu’évacué en vain ainsi qu’on le répète précisément quand ce qui devrait se taire l’ouvre et se met à parler MAIS ‘Tu n’as rien à dire’ ‘Il n’y a rien à dire’ ne précède pas la parole MAIS LA SUIT Ce qui s’appelle faire se fermer la gueule qui s’ouvre avant qu’elle l’ouvre PARCE QUE PRÉCISEMENT ELLE A COMMENCÉ À LE FAIRE C’est enlever l’objet le mettre hors de portée avant qu’il soit saisi ‘Tu n’as rien’ ‘Il n’y a rien’ à dire signifie que quelque chose qu’on ne veut pas entendre a commencé d’être dit avant d’être tout court et qu’il faut en interdire l’accès en niant son existence MAIS surtout que derrière ce dit qui s’est commencé c’est un pouvoir qui s’amorce dont le dire est le premier mouvement Lequel c’est bien possible pourrait avoir des suites et pour suites des faits et pourquoi pas des voies de faits Voire suivant ces voies autant de passages à l’acte bien cloutés en plein travers de quelques gueules Cette parole-là des gueules en voie d’ouverture qu’il faut faire se taire des clouages de bec Cette fermeture par la force ou le vide qui ne propage rien Ces claquages de gueule on les connaît par cœur C’est un souvenir d’enfance une expérience minoritaire et depuis on a bien appris à l’ouvrir MAIS après de longs efforts pour sortir du clouage du claquage du bétonnage pour s’extraire et pour dire et en détail ce qui pourrait finalement être à dire C’est pour d’autres raisons que je reviens vers ce ‘Rien’ qui en tant que tel n’était peut-être pas là et Que je m’emploie à me taire encore un peu mieux en même temps que disant parce qu’AYANT FAIT LE CONSTAT que peut-être un dispositif répressif de nature diamétralement opposée mais de finalité sans doute identique s’était mis en place en vue de généreusement m’inviter à l’ouvrir Sous un contrat tacite ayant le ‘Il n’y a rien à dire’ comme clause première et comme condition que tout pourrait être dit pour encore mieux tout taire CE QU’AYANT CONSTATÉ JE REFUSE par la présente ce dit sous condition préférant m’en tenir pour l’heure à une forme particulière de silence dont les formes restent à déterminer et qu’actuellement j’élabore En conséquence de quoi et pour l’heure je la ferme
fait à, le tant, pour servir et valoir ce que de droit,
untel, corne