[ travaux publics de alen corne ]

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Lutte des classes se réveille brutalement. Veut allumer une cigarette. Ne trouve pas l’interrupteur. Tâtonne pour trouver son paquet. Renverse quelque chose au passage. Lourd cassé. Lutte des classes ne sait pas bien ce qu’elle fait. Trop fait la fête la veille peut-être ça ou alors la fatigue. Lutte des classes se lève on se retrouve dans la cuisine. On fume des cigarettes on parle. Il est cinq heure du matin. Ne sait pas ce qu’on dit. Ne sait plus ce qu’on a fait. Rentrés tard. Lutte des classes ma lutte des classes je lui dis. Lutte de ma classe tu ne sais pas ce qu’on fait. On fume des cigarettes dans la cuisine. Il fait noir c’est l’hiver. La lumière est orange c’est Marseille. Chirac est président. On va devoir aller au travail. Le produit de notre travail va nous échapper et se dresser face à nous comme une puissance étrangère. Tu sais bien. On ne sait pas ce qu’on fait. On n’a pas de projet. On n’est pas un projet. Le savoir ou pas ne change rien. On fait un café on part au travail. On ne met pas la radio pour ne pas réveiller les autres. On ne sait pas ce qu’on fait mais parfois on se demande pourquoi. Quand dans la cuisine on fume quand cinq heures du matin. Se demander pourquoi fait un écho qui porte loin. Une question qui arrive jusqu’à on ne sait pas où. Ici. Tout le reste est réponse. On n’a pas de réponses à pourquoi. Les réponses n’ont pas de question. Les réponses sont là on n’a rien demandé. C’est comme ça. On n’aura pas de vraies réponses on aura des problèmes. En attendant d’en devenir un. On fume. Il est nuit. Il est Marseille. La cuisine le carrelage froid. Genou plié le talon ramené sur la chaise. Le café. On fume des cigarettes. Lutte des classes lutte de ma classe je connais ce moment. Lutte des classes tu chantonnes tu n’écoutes plus tu fumes. On n’a pas su encore pas su. On ne saura faire que commencer sans savoir. Lutte des classes ne fera rien de spécial aujourd’hui. Elle va fumer. Elle va faire du monde ce qu’il est encore aujourd’hui. Elle va se gratter la tête. De la limaille de fer dans les cheveux. Penser à se doucher le soir. On n’a pas commencé. On a pas arrêté dit lutte des classes. C’est vrai. Je m’impatiente. On a pas arrêté mais. Lutte des classes lutte de ma classe en lutte quand est-ce qu’on va commencer. C’est déjà. C’est tout le temps. C’est tout le temps qu’on commence et qu’on n’arrête pas. On n’est pas un projet on ne va nulle part. C’est tout le temps qu’on va commencer jusqu’à ce qu’on sache ce qu’on fait. Tout le temps qu’on va commencer jusqu’à ce que ça ne ressemble plus à rien. Qu’on ne reconnaisse plus rien. Qu’on ne s’y retrouve plus. On va continuer à faire jusqu’à commencer à se défaire. En attendant on ne saura pas. Lutte des classes ma lutte des classes ferme les yeux. Ne sait pas la langue. Ne sait pas. Fume des cigarettes réfléchit se demande. Va s’acheter si elle peut un scooter. Lutte des classes me demande si l’avenir nous ressemble. Bien sûr que oui. Bien sûr que non. L’avenir fume dans la cuisine avec nous et lui non plus n’a rien d’un projet. L’avenir se tait. Je dis oui je dis bien sûr. Lutte des classes pique du nez. N’ira pas travailler. Je dis d’accord. Je dis c’est pas grave. Vais chercher des croissants.