[ s'assemble · s'efface ]

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c’est fini les métaphores · ces fictions fragmentaires s’effacent à mesure que produites · les figments de mensonges dont sont formées les faces se défont · ça ne circule plus · les sourires monétisés pour l’échange n’ont plus cours · ce qu’il fallait de police pour les faire tenir remplace les sourires · remplace les métaphores · on a lâché les chiens

on est arrivés au bout des débats de paroles · des heures de débats de rage et de crachats · de toute cette eau de bouche de crachats échangés · des heures durant voir des faces qui crachent à des faces qui crachent · à l’infini des faces et des crachats · des faces défigurées de bave qui continuent à cracher · par l’eau de la bouche qui porte la parole · tellement défigurées les faces que les unes ne se distinguent plus des autres · les mêmes faces de bave · il n’y a plus de débats c’est une seule couche de bave qui couvre l’assemblée · c’est une seule couche de bave sur les débats en cours · on ne reconnaît personne il faut se mettre d’accord · il faut au bout de ça trouver des solutions · que le cours des débats émerge de la salive pour trouver son issue · cette issue doit se trouver quelque part sous la couche de bave qui couvre les frontons ·  les devises les emblèmes et les constitutions · qui forment messieurs messieurs notre socle et notre piédestal · faits de bave plus ancienne qui s’est solidifiée ·  attention c’est glissant on a bavé dessus · sur la bave solide de nos anciens débats il faut nous élever au-dessus des querelles partisanes et trouver une issue · de cette bave ancienne faire la bave de l’avenir · on n’ira pas plus loin dans l’ordre du discours il est temps de revenir à un discours de l’ordre · on n’a plus de salive il faut se faire une raison · il n’y a plus d’alcool ni de biscuits salés pour faire plus de salive · il n’y a plus d’olives et plus de cacahouètes · toutes les bouteilles sont vides on a bu les alcools les plus forts le sort en est jeté · une fois les figures du discours dissoutes sous les crachats · une fois les opinions rendues méconnaissables sous les sécrétions d’un camp comme de l’autre · une fois que par prosopopée on se sera mis tous les morts sous la langue · monte là-dessus Jean Moulin et tu verras Montmartre · s’il reste un peu de gnôle je vous parle de Jaurès · une fois bien entendu que tout est dit et qu’on a bien craché · il est temps messieurs messieurs d’en venir aux décisions douloureuses que dicte l’état des choses qui sont comme elles sont nous sommes bien d’accord · les débats on fait rage et on a tout craché · notre devoir est fait nos familles nous attendent · ce fut un grand moment de bave et de démocratie mais les débats sont clos · il est l’heure d’ouvrir les cages et de lâcher les chiens

ça n’est pas du tout une métaphore ce sont des chiens · des chiens concrets sur deux pattes qui aboient et qui bavent · des chiens dressés pour l’ordre et par les ordres · des chiens lâchés par l’ordre du discours formés par sa violence · des chiens qui sont les lettres avec lesquelles s’écrivent le discours de l’ordre · les lettres à deux pattes et à trique avec quoi s’écrivent les lois et les constitutions · ils sont des éléments du discours sans lesquels aucun discours ne pourrait se tenir · les chiens qui aboient et qui bavent sont la grammaire de tous les discours qui peuvent être tenus · aucun discours n’est tenu sans qu’on lâche d’abord les chiens pour faire silence ·  comme la page blanche sur quoi poser les mots de l’ordre · qui veut tenir ses discours sans être interrompu · qui repose sur des chiens · l’existence musculaire de l’ordre du discours de la loi et des constitutions affirme son évidence joyeuse par des chiens qui aboient et qui sont la police · ce n’est pas une métaphore ce sont des chiens ce sont des lettres  · c’est écrit dans le langage et dans la typographie · la police ce sont des chiens et des caractères d’imprimerie pour écrire la loi qui émane de l’ordre · cet ordre est policier il existe par des chiens · le langage imprimé des coups sur les corps valide et soutient la loi écrite · la constitue et l’approuve comme un coup de tampon  · comme un coup de matraque · l’application de la lettre de la loi à la trique sur les corps · la parole et le verbe sont portés par des chiens d’ordre dressés pour cette tâche · qui marchent sur deux jambes et qui portent matraque

les chiens ne savent pas qu’ils sont des chiens · ils savent qu’on les lâche quand vient l’heure du sang et de la chasse · ils s’enragent ils voient rouge · ils ont des ordres et maintenant ils ont la liberté · la liberté des chiens est une chose entière · c’est une liberté de colère et de frustration qui devient joie entière · l’exaltation des chiens · la liberté les prend · ils aboient et ils courent · il aboient et ils bavent · ils sont fous d’amour pour cette liberté qui leur est donnée par l’ordre · ils sont fous d’amour ils courent · ils cognent · comme les hommes quand ils sont fous d’amour · ils ont la liberté ils ont l’humanité · ce sont des chiens ce sont des hommes humains ce sont des chiens de l’ordre · ils sont ensemble ils se connaissent entre eux · ils courent · ils ont la liberté ils ont tout ce qu’ils veulent · une fois qu’on les lâche · une fois que l’ordre du discours qui tenait leurs corps raides à l’arrêt leurs mâchoires fermées se relâche · c’est dans ce relâchement que l’ordre du discours s’affirme · c’est quand les chiens sont libres qu’ils sont le plus des chiens · quand ils ont ce qu’ils veulent qui est la liberté · quand ils sont fous d’amour et de mouvement · qu’ils courent et tapent et courent · c’est ce qu’ils veulent et c’est ce qu’on attend d’eux · ici l’ordre du désir rencontre le désir d’ordre · après tant de crachats de paroles la situation retrouve sa pureté · dans la claire liberté des chiens · dans la violence juste attestée par les lois et les constitutions · qui maintient tout en place · par la violence qui se sait juste et aboie · aboie et court et cogne pour l’ordre la justice et la loi · on reconnaît les chiens quand ils font ce qu’ils veulent et que ce qu’ils veulent est ce qu’on attend d’eux · quand l’ordre et le désir s’ajustent parfaitement en toute liberté · alors on sait que le visage de l’ordre est la gueule d’un chien policier · et qu’on habite dedans